Introduction à l'écriture japonaise - 2 ème partie
Ce deuxième article d'introduction à l'écriture japonaise est consacré aux Kanji, vous aurez compris que les Kana - hiragana et kanatana- n'ont qu'un intérêt phonétique et sont par conséquent hors de propos. Il faut dire également que de toute manière je n'ai pas les connaissances requises en japonais pour aller beaucoup plus loin dans cette direction.
Par la suite je ferais souvent allusion à l'écriture chinoise, il faut comprendre "écriture des Kanji". A l'origine je me suis intéressé à l'écriture chinoise en tant que source historique des Kanji. Mes connaissances en la matière sont principalement issues des tomes 1 et 2 de la "Méthode à la langue et l'écriture chinoise" de Joël Bellassen et des cours du CNED de Philippe Kandor des années quatre vingt dix. Les ouvrages particuliers concernant notamment l'écriture ancienne ou la technique et l'art de l'écriture seront cités lorsque nécessaire.
L'intérêt que l'on peut porter à l'écriture chinoise est double, par son aspect sémantique et par la technique qui conduit à écrire un "idéogramme". (le terme approprié est plutôt "sinogramme")
Cette approche - pour ce qui nous concerne - est volontairement non exhaustive, et sera enrichie au fur et mesure de la présentation des caractères qui composent tel ou tel aspect de l'Aïkido.
Commençons par l'aspect sémantique. Nous retiendrons qu'il existe quatre catégories principales de caractères.
- Les pictogrammes : images stylisées, par exemple, 木, qui signifie et représente un arbre.
- Les symbologrammes, il signifie plus qu'il ne représente, 本, l'adjonction d'un trait horizontal au caractère précédent indique le pied de l'arbre, donc la racine.
- Les idéogrammes, ce sont des composés sémantiques, dont la signification résulte de l'association d'idée correspondant aux éléments qui le compose.木×3 = 森, ainsi 3 arbres associés signifient une forêt.
- Les idéophonogrammes, composés d'une racine ayant un rapport avec la signification du caractère considéré et d'un élément donnant une indication sur sa prononciation.
Enfin, plusieurs caractères juxtaposés indiquent un nouveau sens découlant de l'association engendrée,日 pictogramme signifiant soleil, associé à 本, va signifier pays du soleil levant - Japon - ( 本, indique une idée d'origine, de début)
Parfois il sera intéressant de se reporter aux origines du caractère pour affiner et approfondir le sens de celui ci. Les graphies sont plus imagées et représentatives que la forme actuelle (fin du II e siècle, écriture des Han).
Passons à la composition des caractères, à leur agencement. Les caractères sont composés à partir de huit traits élémentaires traditionnels (le décompte arithmétique est de douze). Une dizaine de règles régissent l'ordre dans lequel chaque trait sera tracé.
L'écriture chinoise est dans son principe un art combinatoire qui permet de tirer d'un nombre limité d'éléments premiers, soit quelques centaines de primitives graphiques, un nombre virtuellement illimité de composé.
L'écriture régulière se présente sous aspect assez rigide, carré, mais garde une certaine fluidité lors d'une écriture manuelle (les caractères typographiques ne rendent pas cette impression).

L'écriture cursive est fluide, utilise plus largement les courbes, les arrondis, elle favorise la spontanéité.
La rigueur de l'ordre des traits assure qu'un même caractère est exécuté d'un même geste par tout le monde et que, ce même geste entraînant les mêmes liaisons, le caractère reste reconnaissable même lorsqu'il est écrit très vite.
C'est à travers une calligraphie réalisée avec le pinceau, outil traditionnel, que le caractère libérera toute son expression.
Chaque caractère est considéré comme un être vivant, il doit être centré, autonome, chaque trait est une ligne de force qui concourt à l'équilibre d'ensemble. Lorsqu'il fait partie d'un ensemble, d'un texte, l'espace vital de chacun d'eux doit être préservé, son autonomie ne doit pas nuire à l'équilibre général.
Tandis que la calligraphie occidentale produit des formes arrêtées1, la calligraphie et l'écriture chinoise ou japonaise est par essence un art du geste dont la rigueur de l'apprentissage tranche avec la spontanéité qu'il génère. Il y a, je pense, de nombreuses similitudes avec la pratique de l'Aïkido, des parallèles à explorer même s'ils ne restent qu'au stade de spéculations intellectuelles.
1 la calligraphie occidentale est soit une écriture appliquée, stylisée, soit enjolivée de paraphes ou d'autres ornements ; à l'inverse de l'écriture chinoise, elle élimine les traits individuels, elle est impersonnelle.